Alcôve

J’avance. Dans les couloirs faiblement éclairés, sous les lumières tamisées, j’avance. Je croise mon regard dans le miroir. Je découvre les alcôves du plaisir, offert et libre. Je me découvre dans ces endroits jusqu’alors interdits. Mes pas suivent ou précèdent les tiens dans ces lieux où je laisse mon corps me montrer le chemin.

Mes fantasmes toisent mes limites et je me laisse aller à oser un pas dans le vide. Certains se réaliseront et la réalité dépassera la fiction. D’autres resteront des images nourries d’imaginaires. Certains s’inscriront sur la toile des souvenirs éphémères.

Je suis là, pleinement consciente. Je contemple l’étendue des possibles que ces espaces nous offre. La liberté s’imprime sur les murs de ce jardin des délices. Où tout est permis. Sans que rien ne soit imposé.

Je sais ce que je veux vivre et ce que je ne souhaite pas tenter. J’avance sans contrainte. Je me réalise dans cette intimité tantôt préservée, tantôt dévoilée.

Mes “jamais” sont devenus des territoires à libérer, des expériences à partager.

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Talons Hauts

Qu’est-ce que j’allais faire avec des talons ?

J’étais bien assez grande. Tout le monde le disait. Le plat pour une fille comme moi, rien de plus parfait.

En douce, je regardais les femmes en talons, leur démarche chaloupée, la ligne de leurs jambes qui semblaient s’étendre jusqu’au ciel. Je les voyais marcher, pleines d’assurance. Je les trouvais jolies, sensuelles, confiantes, féminines, sexy. Je voulais leur ressembler.

Je fantasmais sur des talons, qui certes me feraient gagner des centimètres superflus, mais m’ouvriraient les portes d’un autre monde, celui de l’élégance, du style.

J’essayais. Puis je revenais inlassablement à mes mocassins, mes ballerines, le summum du classicisme. Je ne pouvais occulter ce côté terre à terre très pratique. Je ressentais toutefois l’envie de m’envoler.

Personne ne me prenait au sérieux. Un plaisir devenait un écart. Tiens, superflu encore une fois. A quelques centimètres du sol, je gagnais en confiance. Je me sentais prête à conquérir le monde. Je devenais audacieuse.

Quand les lumières s’éteignent, imagine-moi, impatiente, t’attendre au coin de la rue. Admire le mouvement fluide de ma jupe qui suit celui de mon bassin. Regarde mon corps, à l’aise, qui oscille entre fièvre et chaos. Je ne suis plus cette petite chose, cette petite fille à qui l’on a toujours répété que les talons il fallait oublier, à qui on a dit dans un sens plus large, ce qu’il fallait faire et être, et qui a toujours obtempéré. Je ne suis plus une femme qui fantasme en se disant que ça lui est interdit. Je suis une femme qui choisit.

Soirée en Club #4

Confiance.

Il en faut. Pour se laisser faire ainsi.

Il attache délicatement ses poignets. Puis écarte ses jambes, attache ses chevilles. Il admire son corps nu offert, fier, écarté, tendu, son corps qui le temps de ce jeu entre eux n’appartient qu’à lui.

On peut voir ses mains enroulées autour de sa chaire, tendre, en attente. Ses caresses sensuelles préparent sa peau. Elle sent les lanières du fouet glisser dans la cambrure de son cou, le long de son dos. Elle patiente les yeux plongés dans un vide qui fait sens.

La première claque la prend par surprise. Comme toujours. Les prochaines suivent dans un dosage parfait, qui de temps en temps lui arrache un cri. Son esprit lâche prise. Seul l’instant compte. Elle reste attentive aux réactions de son corps.

On peut voir ses mains qui apaisent les premières brûlures, puis s’assurent que tout va bien. Elle sent son corps à ses côtés, son corps sans hésitation, qui maitrise cette partition improvisée. Elle saisit un mouvement dans l’air, puis le fouet vient claquer sur le haut de ses cuisses. Dans l’interlude entre chaque coup, se mêlent appréhension – de la force du prochain – et excitation – elle en demande encore. Son corps ne reconnait qu’un maître. Lui. Il se soumet sans la moindre hésitation à ce qu’il jugera bon.

On peut voir sa bouche chercher la sienne, ses mains ouvrir ses lèvres, ses doigts fouiller son intimité. Elle aussi cherche son contact, bouge légèrement son bassin pour un impact bref et essentiel.

Puis à nouveau le bruit de la claque qui fend l’air, la décharge qui fait bouillir le sang. La réalité qui se dérobe pour laisser place à une danse qui les relie à quelque chose de plus fort que tout ce que tous peuvent imaginer.

On peut voir qu’il sait quand il faudra arrêter, la détacher. Elle sait qu’il sait. Il décrypte les messages de son corps. Sans entrave, riche d’émotions qu’elle ne saurait décrire, vulnérable et forte à la fois, soumise et victorieuse, elle retrouvera ses esprits calée bien contre lui, au plus profond des sentiments qui les unit.

Soirée en Club #3

Les hommes n’osent pas la caresser. Ils y vont à tâtons, égrènent des plumes sur sa peau lisse. On dirait qu’ils ont peur de la briser. Alors qu’ils investissent son intimité, comme des guerriers prêts à forcer un barrage.
Il lui suffira de dire “stop” et ils arrêteront. Il suffira d’un signal et ils s’éclipseront. Ils regarderont de loin, le temps pour elle de retrouver la sécurité des rives qu’elle connaît.
Puis elle sentira ses doigts courir sur sa peau. Il la caressera avec fermeté, il prendra ses seins à pleines mains, sans hésiter. Il en mordillera le bout et il la verra se tendre sous l’effet de ce premier assaut des sens. Il sait qu’elle est faite pour ce plaisir là, intense, que la tendresse c’est pour après, quand son corps parcouru de frissons se tord et se rend. Il s’invitera en elle, pressé, pressant, elle l’accueillera dans cet élan de partage féroce qui leur va si bien. Jusqu’à ne faire qu’un. Face au reste du monde les yeux vissés sur leurs corps en apnée…

 

La soif de toi

Je veux ta peau et la clé de tes rêves

Tous ces instants dans lesquels nos univers se mêlent

Je me veux à toi toute entière

Enchainée à la fièvre

De ton corps qui possède mon corps

Des tes désirs qui initient les vagues de plaisir

Je veux nos soupirs ajustés

A la soif qui nous absorbe

Dans un espace en dehors du temps…

Et si…

J’ose tant de choses

Et si…

Est-ce toi ?

Est-ce moi qui le veux ?

Parfois je ne sais plus

J’ai dit « oui » tant de fois

« Non » si peu

Si c’est enfin moi…

Qui ai-je été pendant toutes ces années ?

A quel ordre ai-je prêté allégeance ?

A quel désordre me suis-je abandonnée ?

J’ose un peu, un peu plus

Pas toujours autant que je le souhaiterai

Pas jusqu’à pouvoir dire les yeux dans les yeux

Ce que je veux, ce que je voudrai

Il faut être un peu devin, un peu fou

Pour savoir où, quand ouvrir la porte

Sans que la peur ne vienne titiller mes sens

Sans que la brûlure ne vienne défier l’excitation naissante

Pour que je me faufile, sensuelle, fébrile

Me donnant le droit d’être.

Et si je me trompe…

Au moins j’aurai vécu!

Et je t’aurai aimé!

Et j’aurai fait des folies!

J’aurai apprécié cette sensation d’intense liberté que me procurent ces instants où tes idées rencontrent mes dernières réticences!

J’aurai atteint des cieux sans nuage, marché sur des sentiers moins fréquentés!

J’aurai tenté, essayé, fais des expériences, vécu des sensations incroyables!

Je me serrai sentie pleinement vivante!

Bain de minuit

La voiture s’arrêta près de la jetée. Tristan en sorti, pull sur les épaules, mains enfoncées dans les poches. Il savait qu’il la trouverait là.

Sur la plage déserte à cette heure, on pouvait voir sa silhouette se dessiner comme une ombre chinoise sur le mur de l’horizon. Le vent soufflait fort, et elle, imperturbable, se dirigeait vers la mer et ses vagues imposantes. Chaque pas la rapprochait de l’eau bleue nuit, envoutante.

Tristan regardait son corps nu prêt à s’offrir aux éléments. Il aurait voulu être le fluide dans lequel elle s’apprêtait à se jeter, accueillir sa peau contre la sienne, sentir ses seins percuter son torse, les emprisonner, les sentir se tendre sous la contrainte de ses mains.

Elle propulsa son corps vers l’avant. Et soudain elle devint invisible. Tristan attendait. Il savait qu’il ne fallait rien brusquer, la laisser aller à son rythme. Il ne sentait pas encore d’attaque à braver la tempête. Il la voyait émerger de l’eau, quelques secondes, puis replonger dans le tumulte. Quelques secondes pour se sentir attiré vers elle, pour ne souhaiter qu’une chose, embrasser le galbe de ses hanches, se perdre dans l’immensité de son regard, laisser ses paumes de mains caracoler sur sa chaire humide.

Il comptait les secondes, attentif, croyant l’apercevoir, puis la perdant de vue. Il retira ses chaussures, posa ses pieds sur le sable mouillé, avança dans sa direction. Elle ne resterait pas plus de quelques minutes supplémentaires dans l’eau et pourtant il savait que ces minutes auraient un goût de supplice. Il l’attendait, fébrile, les yeux perdus dans la nuit noire, présent à chaque mouvement de la mer.

Elle sortit de l’eau telle une nymphe, fantasmée, aimée. Elle vint se caler contre lui sans prononcer un mot. Il sentit son envie, fulgurante. Elle prit ses mains, les posa sur sa taille, l’attirant vers elle. Il s’en voulu de ne pas avoir anticipé ce geste, son pantalon le gênait désormais. Il était comme une barrière l’empêchant d’accéder à son caprice. Et celui-ci de faisait de plus en plus précis, pressant.

Il détacha ses mains d’elle, se délesta de ses vêtements, conscient que le charme pouvait être rompu d’un instant à l’autre. Il l’entraîna vers l’eau. Elle se laissa faire. Le froid le prit par surprise, lui faisant presque regretter son idée. La sentant sûre d’elle à ses côtés, il continua d’avancer jusqu’à l’immersion totale. Elle prit à nouveau ses mains, les amena sur ses flancs, qu’il enveloppa complètement. Elle s’enroula autour de lui comme un serpent. Tout son être disait sa soif de lui. Il promena ses mains sur sa peau frissonnante, la caressa centimètre par centimètre, l’invita d’une pression maîtrisée à rejeter la tête en arrière. Il la trouvait belle ainsi livrée à son pouvoir. Elle se laissait aller, réagissait à chaque frôlement, frottement, se laissait porter par les vagues qui la séparaient puis la précipitaient avec violence contre le buste de Tristan. Elle sentait son sexe dressé contre son ventre et cela  la réjouissait.

Elle avança une main entre ses cuisses, sonda l’ampleur de sa faim grandissante, écarta ses lèvres transies. Il accéda à sa demande sans tarder, glissa un doigt dans son antre affamé, titilla ses ardeurs. Ses gémissements et son corps agité étaient les meilleurs indicateurs. Il continua sa danse, introduisit deux doigts puis trois. Aux prises avec le vertige de la jouissance grandissante, elle s’abandonna entièrement, céda tous ses droits à ses doigts inquisiteurs. Entre la morsure de l’eau glacée et la brûlure de l’orgasme, elle se sentait prise dans un étau de sensations indescriptibles. Il le comprit et quitta l’intérieur de son corps. Haletante, elle se laissa aller entre ses bras. Il l’enveloppa d’une tendresse affectueuse qui contrastait avec la fièvre de leurs ébats.

Sur la plage déserte, la lune se couche sur la mer.